Crise sociale et gouvernance au Burkina Faso : La nécessaire reconquête de la légitimité empirique

          Crise sociale et gouvernance au Burkina Faso : La nécessaire reconquête de la légitimité empirique          
 Par Windata Zongo  Windata.zongo@caardis.org        

Une fois de plus, le Burkina Faso de la quatrième république traverse  depuis plusieurs mois  une période de  crise sociale. Cette crise constitue de par son ampleur l’une des plus graves avec celle née des événements de 13decembre 1998. En effet, les multiples protestations  des diverses couches socio professionnelles de la vie active du pays ont atteint une allure plus significative avec les mutineries de la grande muette. De par  son ampleur, cette crise sociale résultat d’un déficit de gouvernance  constitue donc un coup à la prétention de bonne gouvernance  burkinabé dans son mode de gestion du pouvoir et surtout dans sa légitimité empirique.

Une contestation de l’ordre politique :

La notion de gouvernance introduite dans le langage politique depuis le consensus de Washington  se traduit  par une gestion du pouvoir d’une manière participative avec d’une part les gouvernants chargés de gérer le pouvoir et d’autre part la société dite civile (populations). Cela signifie que les gouvernants dans leur gestion du pouvoir, doivent  sans cesse rendre compte aux gouvernés, ainsi que le stipule le contrat social qui les lie. Dans cette forme d’ordre politique en vigueur, gouverner suppose donc toujours tenir compte  du contrat social passé avec des gouvernés qui eux, s’approprient cette norme par les actes (les participations politiques, le civisme…). Dans le cas contraire, les gouvernés sont en droit de dénoncer un non-respect du contrat social par plusieurs formes (abstention,  contestations, manifestations diverses…).

Dans le cas de la crise que le Burkina Faso traverse,  les manifestations (celles des élèves suite à la mort de Justin Zongo et la grève des magistrats) avaient pour but une lutte pour l’effectivité de certaines  prérogatives de l’Etat (la justice pour ce cas-ci). Cette première étape sera franchie avec  des mutineries enregistrées dans les rangs des forces armées. Ces mutineries dans un premiers temps visaient la revendication de primes impayées mais se transformèrent en une contestation de l’ordre politique  par l’usage de la violence  (même si cette information sera démentie dans le discours officiel   des services compétents…).  Ces manifestations seront suivies par celles des autres corps des forces de sécurité (gendarmerie, police…) puis de services des finances, du corps enseignants…bref, une grande partie des services de l’Etat. Cette contestation comporte un enseignement à tirer : le Burkina Faso vit un déficit de gouvernance que ces manifestations ont contribué à divulguer. En effet, cela est la résultante de l’érection puis de la consolidation d’une élite politique et économique  confondues et liées,  vivant dans un système monopolistique de redistribution des ressources de l’Etat. Cette élite vit dans un monde éloigné  des réalités des populations qui elles voient de jours en jours leurs conditions de vie et de travail se précariser, ses revendications toujours ignorées ou ajournées, d’où l’avènement des révoltes contre des gouvernants ayant rompu le contrat social  existant. Ces événements constituant  un rejet d’un ordre politique les populations narguées ne reconnaissent plus.

En outre, cette crise sociale, au-delà d’être la conséquence  d’un déficit de gouvernance comporte un autre enseignement pour les pouvoirs publics :

Un  risque de  perte d’une légitimité empirique

S’il ya une notion qui s’avère essentielle pour les gouvernants  dans le concept de la démocratie participative, c’est bien celle de légitimité. En effet, elle est  d’autant utile car elle marque l’implication des populations dans le processus d’élection et permet aux gouvernants de revendiquer leur adhésion au contrat social. Dans les faits, la légitimité se dévoile sur le plan légal rationnel par les procédures (l’organisation d’élections, la création d’institutions légales de gouvernance…) mais surtout sur le plan empirique par l’appropriation des populations du projet  proposées par les gouvernants (absence de manifestations de contestations par exemple ou souvent manifestations de soutien à des actions publiques…). Cette légitimité est très  importante car elle marque l’adhésion effective (et pas seulement dans le discours des gouvernants comme c’était le cas en Côte d’Ivoire) des populations.  Ainsi, dans le cas d’un rejet des gouvernants (pour atteinte ou  rupture du contrat social), les populations  s’illustrent par des contestions : A titre d’exemple, certains régimes africains ayant toujours une légitimité institutionnelle n’ont cependant plus celle empirique car ayant déçu les populations qui le font savoir par des manifestations de contestation: le Sénégal actuellement et avant le Niger sous Tandja, la Tunisie, l’Egypte…

Dans  le cas du Burkina Faso, la crise sociale  a permis de voir le degré du sentiment de désapprobation des populations dans  le mode de gouvernance des pouvoirs publics, ces derniers prônant toujours dans le discours une volonté et des initiatives visant à sortir les populations de la misère pendant que dans les faits ces populations ne voient aucune concrétisation. Les conséquences ont donc  été les manifestations puis les actes de vandalisme dont  le caractère violent aussi condamnable soit-il illustre une  radicalité dans l’état d’esprit. L’expansion de ces contestations dans le temps et dans l’espace du territoire a montré à quel point les populations désapprouvent certaines actions des pouvoirs publics. Sur la plan de la gouvernance, cela est atteste  d’une  perte de plus en plus accrue de la légitimité empirique dont se prévalait le pouvoir aux sortir d’élections remportées d’une manière plébiscitaire.

Reconquérir le peuple :

 Gouverner sans légitimité empirique conduit comme on le voit à une impasse (dans laquelle se dirige le régime sénégalais à titre d’exemple). En effet, le peuple ne saurait être considéré comme une case vide et les gouvernants un noyau dans une bulle. Cela stipulerait un ordre politique dans lequel les gouvernants n’ont aucune connexion avec les gouvernés). En outre, cela constituerait une sortie de voie  vers la démocratie participative (sur laquelle le Burkina prétend s’être engagé dans le discours) en vigueur. Dans le cas du Burkina Faso, il convient donc de saluer l’initiative de créer avec la société civile le conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) qui sera l’occasion de faire un travail de fond pour une gouvernance plus participative au Burkina. En effet, cette structure peut être le cadre d’un travail aboutissant à des recommandations consensuelles  dans le cadre du contrat social entre les populations et les gouvernants. Elle peut donc être l’occasion pour les pouvoirs publics de reconquérir le peuple (et donc son adhésion à une réforme de la gouvernance au Burkina) et la légitimité empirique perdue.

admin01-caardis

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